... " Ici c'est ROUEN ! "
Titres de Champions de France U15: 1999, 2000, 2001, 2005, 2006, 2007, 2008, 2013 // U18: 2000, 2002, 2005, 2010, 2011, 2014 // U22: 2004, 2006, 2009, 2011, 2013, 2015 ...

CHAR Leçon de vie à méditer

 

Le sport se nourrit de victoires, de médailles, de titres. Plus que jamais valeur est donnée à la photo des médaillés, à une coupe noyée au champagne, à une scène de joie un soir de victoire. Ce que l'on oublie souvent derrière tout ça, c'est l'investissement derrière, les heures passées à s'entraîner sur la glace ou en dehors, les frustrations, les blessures, les sacrifices humains pour parvenir à cet ultime but : cet extatique moment finalement bien éphémère.

 

Bercé par cette culture de la victoire, le Club de Hockey Amateur de Rouen n'échappe pas à la règle et bon nombre de gamins, portant fièrement le Dragon sacré sur leur maillot, rêvent de titres, de victoires, de glorioles et s'investissent corps, coeur et âme pour décrocher leurs rêves. Un sacrifice inconditionnel effectué sur l'autel du sport qui n'est pas sans heurt, sans déchirement surtout lorsque la vie, emplie d'une sournoise taquinerie, décide de jouer un vilain tour. Loin de tous ces records, de ces titres et de ces médailles, avant tout derrière tout ça, il y a des jeunes qui vivent une véritable aventure humaine, une odyssée émaillée de joies, de déceptions, de larmes, des sourires. Des destins avant tout humains que vivent des centaines de « gamins » qu'ils soient rouennais, amiénois, grenoblois.

 

Oubliez donc un instant les statistiques inhérentes à notre sport, les palmarès, les médailles et autres futilités et laissez vous bercer au fil de ces lignes par le parcours d'un de ces jeunes Dragons qui participent ou ont participé à écrire l'histoire du Club de Hockey Amateur de Rouen. Cette odyssée humaine, c'est celle de Valentin Moreau, Dragon au Club de Hockey Amateur de Rouen pendant quatre années dont le parcours mérite d'être mis dans la lumière tant il remet les choses en perspective et replace l'humain à la place qui devrait être la sienne : au centre de tout.

 

A l'instar de dizaines de jeunes depuis la mise en place du centre de formation de Rouen, c'est en minime que Valentin quitte ces douces montagnes pour rallier la grisaille des bords de Seine avec plein d'étoiles et de rêves dans la tête. Et lorsqu'on lui demande à quoi il rêvait en venant dans la « maison du Dragon », la réponse est sans ambiguité. « Je suis parti de chez moi à 14 ans, je voulais avant tout me donner une chance de réussir, et le club de Rouen a pu me le proposer. Réussir signifiait aller au bout des choses sportivement parlant. Je souhaitais faire ma place au plus haut niveau possible et pouvoir en vivre par la suite. Je rêvais de vivre une belle expérience enrichissante, et par-dessus tout je souhaitais apprendre. Ma période rouennaise à tout simplement été la période la plus enrichissante de ma vie. Je ne pense pas qu’une autre expérience aurait pu être aussi prolifique que celle la. J’ai appris tant de choses autant humainement que sportivement qu’il me serait impossible de les énumérer une à une. Je garde en tête par-dessus tout, tous les bons moments passés avec mes meilleurs amis avec qui je suis toujours très proche. Les rouennais m’ont énormément aidé à savoir qui j’étais. Avec du recul, je suis certain que je ne serais pas la personne que je suis aujourd’hui sans ces personnes qui m’ont poussés toujours dans mes limites de manière à me surpasser dans tous les compartiments de mon quotidien. Je suis conscient de cette chance et c’est pour ça que si j’avais une machine à remonter dans le temps, je n’hésiterais pas une seconde à réitérer cette expérience. Je me sens toujours un peu rouennais au fond, les valeurs que l’ont m’a inculquées durant cette période sont toujours très importantes pour moi. « 

 

Pour autant, du titre cadet en 2011 à la frustrante finale minime la même année en passant par la troisième place décrochée à la maison face à Hockey 74 en 2012, les souvenirs sportifs ne manquent pas mais c'est aussi le temps des sacrifices, des blessures qui émaillent la vie de tout sportif mais à seize ans alors que le hockey sur la glace est toute sa vie, la vision des choses est bien différente « Dans un sport tel que le nôtre, les blessures font partie du deal quand on fait sa demande de licence en début de saison. On est tous conscient des risques, après on peut être moins chanceux que d’autres. Les blessures que j'ai pu avoir sont toujours restées minimes. Je parle bien sûr avec le recul d’aujourd’hui. C’est toujours frustrant de ne pas pouvoir jouer le week end quand on s’entraîne autant la semaine. Je pense que la frustration de ne pas jouer la match du week end à toujours été plus douloureuse que mes blessures que j’ai pu avoir en elle-même. J’ai contracté plusieurs blessures, j’ai toujours voulu reprendre le plus vite possible et toujours tout mis en œuvre pour remonter sur la glace dans les plus brefs délais. Dans nos championnats mineurs, on a très peu de matchs pour pouvoir exprimer toutes les choses que l’on apprend a l’entraînement toute la semaine. C’est plus psychologiquement que c’est dur, il ne faut pas aller trop vite et écouter son corps avant tout. « 

 

Non pas comme dans la chanson où toutes les « histoires d'amour finissent mal » arrive le temps de prendre congé du Dragon pour se lancer dans une nouvelle aventure, celle des Brûleurs de Loups de Grenoble : nouveaux enjeux, nouvelles perspectives, nouvelle vie, nouvelle étape dans la vie d'une jeune sportif : « Apres quasiment 5 ans passés sur les bords de seine je sentais qu’il fallait partir. Non pas que tout allait mal mais j’avais déjà cette idée en tête pendant ma dernière saison. Je venais de terminer mes années cadets, le lycée était également fini pour moi. Beaucoup de choses allaient donc changer pour moi alors pourquoi de ne pas accentuer ce changement et repartir pour un nouveau projet ? Le hockey était toujours aussi important et je voulais je pense me prouver à moi-même que j’étais capable de relever une nouveau challenge. Le projet de Grenoble m’a plus de suite, c’est un des grands clubs de l’hexagone avec Rouen, bien axé sur la formation des jeunes avec la rage de vaincre. Ce choix n’était donc pas difficile à faire puisque les deux politiques des deux clubs étaient d’après mon ressenti quasiment similaire. J’ai été accepté dans la foulée à l’IUT de Grenoble. C’était donc le bon moment et la bonne destination je pense pour attaquer une nouvelle aventure. Je me sentais plutôt bien quand j’ai fais ma valise pour quitter Rouen, je prenais ce changement comme un nouveau départ pour moi. Je n’avais pas peur de changer d’environnement, je me sentais beaucoup plus serein que quelques années auparavant. Je connaissais quelques joueurs grenoblois et je savais à quoi m’attendre. La concurrence, la volonté de résultats, et des relations fortes avec les joueurs et staff comme j’ai pu le vivre a Rouen. « 

 

La nouvelle aventure tournera au cauchemar, faisant basculé sa vie, sa vision des choses « Le sport était un moyen pour moi de m’exiler de ma vie de tous les jours. Je n’aimais pas la routine, j’avais besoin de vivre des moments forts et connaître des imprévus. Cette sorte d’adrénaline là me faisait vivre. C’est que le sport me procurait. Et cet effet, à échelle un peu plus réduite maintenant est toujours d’actualité. « 

 

Et pour cause, c'est très éloigné des banquises des patinoires que le récit se poursuivra. Rien de ce qui devait rythmé la vie d'un sportif viendra s'inscrire sur le livre de sa vie « C’était courant février 2014 à l’aube des demies finales U22, je me suis levé un matin avec un mal de gorge. Nous avions un programme chargé sur la glace pour cette semaine là avec pas mal d’ajustement afin d’être prêt à affronter le HC74 en demie finale. J’avais déjà la tête sur la glace pour les deux matchs du week end. Le week-end passe et mon état se dégrade de jours en jours m'obligeant à rester à Grenoble alors que mon équipe s'en allait joué la médaille de bronze sur les bords de Seine, ma seule satisfaction après la demi-finale perdue. De plus en plus faible, le traitement administré par le CHU de Grenoble ne fait qu'accentuer mes symptômes jusqu'à mon hospitalisation à Sallanches, mon conduit respiratoire se refermant peu à peu sous le gonflement de ma gorge. Intubé en urgence pour permettre à l'appareil respiratoire d'aider mes poumons à fonctionner, je suis transféré à Annemasse puis à Annecy pour être placé en soins intensifs. Je ne me souviens pas de grand chose de ces transferts, et de ces interventions, ma dernière image était le regard désespéré du médecin qui a exercé l’intubation sur moi à Sallanches. J’ai compris que mon pronostic vital était plus qu’engagé à ce moment là.

 

La peur a surgit soudainement, quand j’ai vu les différents médecins et que j’ai ressenti qu’eux même ne savaient pas quoi faire de mon cas. D’après ma famille les médecins n’étaient vraiment positifs quand à mon possible réveil et aux séquelles que je pouvais avoir si je me réveillais. L’hôpital d’Annecy à essayé plusieurs traitements en vain avant de trouver celui qui a finalement miraculeusement fonctionné après quelques jours. Le processus de réveil était donc enclenché, je me suis réveillé auprès d’une armada de médecins autour de moi. Au moment de mon réveil j'ai aperçu le regard que ma famille portait sur moi, ce qui m’a fait comprendre que je revenais de très loin. Je ne pouvais ni parler ni manger, je communiquais avec des gribouillis sur un tableau « Velleda »

 

Après ce réveil ma volonté de sortir de cet hôpital était plus forte que tout, je souhaitais partir et loin. Les douleurs étaient toujours présentes mais se dissipaient peu à peu. J’ai repris connaissance de mon corps qui s’était totalement métamorphosé avec pratiquement treize kilos en moins. J’ai tout de suite fait le lien avec le hockey en me demandant si je pourrais reprendre un jour. Un kiné venait tous les jours bouger mes jambes que je ne sentais plus vraiment. Ce qui à été le plus dur c’était ça, mes jambes avaient tellement perdu en énergie que je n’arrivais pas à tenir debout. J'étais un véritable légume, et je pense que pour un sportif, il n’y a rien de pire. Mais les progrès ont apparus de jours en jours, j’ai découvert mon nouveau corps et je me suis dis qu’il y aura du travail avant que tout redevienne comme avant. Le chef du service m’a fait part qu’il n’avait jamais vu quelqu’un se remettre aussi vite d’un traumatisme pareil, et que mon hygiène de vie de sportif m’a sans doute sauvé la vie. Il était évident pour lui que j’aurais quelques séquelles qui m’empêcheraient de reprendre le cours de ma vie d’avant. Je ne fais pas distinctions maintenant entre avant et aujourd’hui. Il faut juste s’adapter aux aléas de la vie. « 

 

De quoi remettre les choses en perspective et placer le sport et ses glorioles aux antipodes. Pour autant, comme tous ces sportifs qui gercent avec leurs lames de patins les glaces des patinoires, le hockey est tatoué sur le cœur et source de motivation pour revenir, pour rebondir, pour se reconstruire « J’ai abordé mon retour à la vie sans appréhension sans encore réalisé pleinement l’épreuve que j’avais surmonté. J’essayais tout simplement de ne pas y penser et d’éviter d’en parler autour de moi. Et c’est toujours le cas aujourd’hui. Je n’en parle pas beaucoup de ça autour de moi. J’étais tout de même conscient de la chance que j’ai eu de revenir à la réalité aussi vite avec une bonne santé. J’ai repris le sport un peu après pour me reconstruire physiquement. J’ai gagné cette bataille mais j’y avais quand même perdu des forces. Mes muscles n’étaient pas les mêmes. J’ai eu un traitement encore à la maison pendant quelques temps et des contrôles de prises de sang etc. Mon retour à la réalité s’est bien passé globalement, ma famille était très présente pour moi et ça a été des facteurs qui m’ont permis à me remettre rapidement. J’ai tout de même eu du mal à retrouver un sommeil « normal » pendant quelques temps et je restais fatigué avec peu d’efforts. J’ai du revoir mon jugement que j’avais de moi, je me devais d’être moins exigeant que je l’étais auparavant avec moi-même en prenant en compte mes capacités qui avaient tout de même diminués. J’étais prêt à remonter sur la glace mais j’étais surtout prêt à me faire plaisir. « 

 

« Me faire plaisir » telle est la phrase clef de cette aventure et la moralité à écrire en lettre d'or sur n'importe quelle entrée de patinoire ou de vestiaire. Le plaisir ! Le plaisir de grimper sur la glace, le plaisir de glisser, le plaisir de partager des moments forts dans la victoire ou dans la défaite. Le plaisir, leitmotiv obligatoire, credo bien plus indispensable que la performance ou les plans de carrières programmés avant même d'avoir atteint la majorité. Le plaisir comme carburant essentiel de la vie du sportif au delà de toutes les données statistiques. Si vous ne devez retenir qu'une phrase de cette odyssée c'est celle là :

« J’étais prêt à remonter sur la glace mais j’étais surtout prêt à me faire plaisir. Je suis resté le même j’ai adapté ma manière de voir les choses, ma manière de vivre les choses. C’est le genre d’évènement qui dans une vie nous sert un jour ou l’autre. Ma volonté de prendre du plaisir sur la glace est plus que jamais d’actualité, ma soif de gagner et de progresser est toujours intacte. Je ne dirais pas que ça m’a « changé », je dirais que tout ça m’a rendu plus faible pendant un petit moment mais maintenant plus fort et pour le restant de ma vie. Si on m'avait posé la question, il y a une dizaine d'années, j’aurais sans doute répondu et je ferais de ma vie, du hockey. Aujourd’hui je dirais que le hockey s’adaptera à ma vie. J’ai eu une opportunité professionnellement, j’ai pris cette opportunité comme une chance pour moi et je l’ai saisi. Je ne regrette pas ce choix qui me permet de me former et d’avoir un métier qui me plait au bout du compte tout en me permettant de continuer le hockey en division 1. Je vois la vie différemment, je suis conscient maintenant que la vie tient qu’a un fil. Il faut apprendre à écouter son corps et de profiter de tous les bons moments qu’on nous offre. « 

Rien à ajouter. Prenez le temps d'y penser.

 



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