" Ici c'est ROUEN ! "
Titres de Champions de France U15: 1999, 2000, 2001, 2005, 2006, 2007, 2008, 2013 // U18: 2000, 2002, 2005, 2010, 2011, 2014, 2017 // U22: 2004, 2006, 2009, 2011, 2013, 2015, 2017

CHAR Partir ou pas ? Acte 2

 

Après les expériences partagées de Jordann Bougro en Suisse et Hugo Gallet aux Etats-Unis (lire par ailleurs), deuxième partie du diptyque consacré aux expatriés du hockey français avec cette fois un coup de projecteur sur la Finlande, nouvelle destination prisée des Français.

 

En 2000-2001, un seul français évoluaient en Finlande, le strasbourgeois Frédéric Bastian, quinze plus tard, ils sont désormais quatorze à garnir les rangs des équipes de hockey finlandaise y compris dans le hockey mineur. Parmi les pionniers chez les jeunes, Bastien Maia, rouennais d'origine aura sauté le pas très jeune à l'âge de quinze ans à peine sorti de la catégorie minime française « Quand je suis arrivé en Finlande j’avais 15 ans. Je pense que mes premiers pas n’ont pas été aussi difficiles que cela aurait pu l’être, grâce aux autres français qui jouaient déjà à HIFK avant moi : Malo Ville, Gabin Ville et Sami Tavernier. Même si s’adapter au rythme de vie finlandais était un peu dur au début, je m’y suis habitué au bout d’un certain temps avec les hivers longs, les journées très courtes avec peu de soleil. Chaque jour à l’entrainement, j’étais stressé, car pour moi, comparé aux autres joueurs, je n’avais pas de place assurée, un jour je pouvais ne pas jouer, et un autre jour je pouvais être sur le premier trio, chaque jour était un combat, que je n’avais pas le droit de perdre. Je pense avoir acquis pas mal de maturité à cause des épreuves que j’ai vécues durant ces 3 dernières années mais aussi de l’autonomie car je dois me motiver tout seul pour beaucoup de choses dans la vie quotidienne notamment l’école... Cela m’a réellement forgé. Je suis maintenant capable de comprendre un peu le finnois, et de me faire comprendre si j’ai besoin. Je n’ai jamais regretté d’avoir fait le choix de quitter ma famille, mes amis, mes habitudes… Pour réaliser ce que j’ai toujours voulu faire : jouer au hockey et vivre à l’étranger.« 


 

Bien que plus fraichement débarqués en Finlande, même sons de cloche chez ses compatriotes Dragons Victor Ranger et Gabin Mainfray. Le premier, Victor débarqué de Rouen dans la capitale finlandaise la saison dernière au HIFK Helsinki reste positif quand à son année passée au « Pays du Père Noël » « Tout d'abord cette année fut un changement de vie, autant sportive que scolaire. Avant de venir m'installer en Finlande, je m'imaginais un pays au visage blanc, couvert de neige pendant toute l'année où le sport majeur est le hockey sur glace. Au cours de cette année, j'ai découvert le haut niveau du hockey finlandais, la différence se fait surtout ressentir sur la glace mais également en dehors. Tout est professionnalisé par rapport à la France, il y a une organisation incroyable, juste pour l'équipe des moins de 16ans, il y avait 5 personnes qui s'occupaient de nous plus les deux coachs et le préparateur physique. J'ai pu remarqué et découvrir ce qu'est le haut niveau du hockey.. Il y a beaucoup de concurrence, si tu ne travailles pas, tu n'a pas ta place au sein de l'équipe, il y a toujours 4 joueurs qui sont près à prendre ta place... J'ai surtout compris une chose essentielle dans le sport, il n'y pas que la force pure ou le talent qui fait de toi un bon joueur mais le mental est aussi important que le reste pour réussir. Il ne faut pas se poser de question et travailler le plus fortement possible. Ici un joueur n'est qu'un nombre parmi les autres.

 

Sinon scolairement, j'ai été épaté par le système scolaire dans lequel je suis actuellement (l'école européenne d'Helsinki) : très peu nombreux dans les classes entre 5 et 10 avec la moitié de mes cours en anglais et en français. Ça aide beaucoup pour l'apprentissage des langues et découvrir un autre système d'apprentissage . C'est une réelle chance de pouvoir être si peu dans une classe, c'est comme des cours particuliers. J'ai également découvert un pays au climat serein, avec une culture différente de la notre (les saunas,les lacs, les patinoires extérieurs l'hiver...). Cette année en Finlande m'a ouvert les yeux, elle m'a fait grandir et évoluer sportivement et humainement. Lorsque j'ai changé de pays, j'ai découvert énormément de choses et j'ai pris conscience de la chance que j'avais de vivre ici. C'est une belle aventure et un beau challenge. « 

 

De quoi donner des envies à un autre rouennais, Gabin Mainfray, attaquant Dragon la saison dernière qui aura sauté le pas durant l'été pour rallier à son tour la Finlande et découvrir un nouveau monde : « On a repris la saison le 27 juillet donc bien plus tôt qu'en France. J'ai été impressionné par l'intensité des entraînements et la durée, ici tu passes à la patinoire à peu prêt quatre heures par jour, on arrive vers 16 h pour le hors glace , à 17 h 30 sur la glace fin à 19 h ensuite après chaque entraînement décrassage , étirements. Ils insistent énormément la dessus sinon tu tiens pas le rythme et à 20 h tu quittes la patinoire. Les conditions pour faire du hockey sont vraiment plaisantes : on a un vestiaire pour nous où l'on laisse notre équipement, les deux responsables d'équipe nous affutent nos patins quand on a besoin, remplissent les gourdes, rangent le vestiaire, le tape et le scotch sont à volonté. Lorsque je suis arrivé il m'ont offert la tenue complète du club : t-shirt,, short, jogging, manteau, sac à dos, chaussettes. En revanche en contrepartie, il te demandent d'être à fond tout le temps sinon tu ne joues pas le week-end. Avec 2 à 3 matchs par semaine, la vitesse de jeu est incomparable à la France : tous les joueurs sont techniquement excellents, ils s'entraînent sans relâche y compris sur les patinoires extérieures l'hiver. C'est vraiment un autre monde « 

 

Pour autant, si le rêve est séduisant et l'aventure excitante, elle n'en reste pas moins difficile. Avec plus de recul et de maturité, Bastien Maia en a bien conscience dans un pays où le hockey est roi et où la France fait figure de « Petit Poucet «  Culturellement, les Finlandais ont un regard positif sur la France, ils l'adore tous car on y mange bien et que la France est un très beau pays. Par contre en ce qui concerne le hockey sur glace, c'est bien différent : ils savent que le hockey existe en France grâce aux résultats de l’équipe de France aux précédents championnats du monde, mais ils restent tous assez péjoratifs même si ils remarquent que petit à petit les bleus ça devient quelque chose, car pour eux la France c’est le foot »

 

Pour réussir, indéniablement un investissement sans faille, de vraies qualités mentales et un sens du sacrifice, des qualités que possèdent Bastien Maia qui aura fait peu à peu son chemin après avoir bien intégré le prix à payer pour réaliser son rêve : « Comparativement à la France, les infrastructures, l'argent investi dans les équipes, l'organisation en générale sont bien supérieurs. La mentalité également, ici les coachs sont très durs, si tu n'es pas à la hauteur des attentes, « c'est bye-bye », tu peux aller voir ailleurs et te trouver une autre équipe. Tout passe par la motivation, rien n’est impossible, mais rien n’est facile, tout a un prix. Il faut être très rigoureux sur chaque détail, et ne jamais penser que quelque chose est acquis. Par exemple, si le hockey ne va pas bien, alors il faut continuer à travailler pour retrouver la confiance perdue au cours de la période creuse, mais c’est dans cette période de moins bien qu’il faut se concentrer peut être un peu plus sur l’école et vice versa…Il faut aussi être conscient qu’une bonne famille d’accueil est très importante dans ce genre de projet et la j’ai eu beaucoup de chance dans ce domaine. Il faut aussi être capable de décompresser de temps en temps en faisant autre chose que du hockey, en voyant des amis, faire du golf ou du tennis, et profiter du peu de temps libre que nous avons. Heureusement pour moi, FaceTime m’a permit de rester très proche de mes amis, de ma famille et notamment de mes parents avec qui je parle environ 3-4 fois par semaine et aussi de ma soeur. » tempère le fils de l'emblématique capitaine des Dragons de Rouen Pierrick Maia qui en son temps aura tenté également sa chance en NCAA, la meilleure ligue universitaire aux Etats-Unis.

 

Quoi qu'il en soit que l'on soit français en Suisse, aux Etats-Unis ou en Finlande, dans les différents discours, on retrouve une récurrence : le niveau de jeu et le nombre de matchs. « La Finlande est très réputée au niveau mondial, son niveau de hockey attire beaucoup d’étrangers, et c’est une très bonne chose qu’autant de français évoluent dans ce pays, cela prouve que nous avons notre place dans n’importe quels grands championnats Européens. Il n’y a aucune règle qui empêche un étranger à venir jouer en Finlande, sauf que les finlandais préfèrent utiliser leurs jeunes, ce qui est normal car ils veulent développer la formation des finlandais pour ensuite obtenir de meilleurs résultats avec leurs équipes nationales jeunes et professionnelle. Ils ne limitent pas les étrangers au sein du hockey mineur, mais depuis peu, on sent qu’ils n’en veulent plus trop car ils ont assez de joueurs finlandais de bon niveau. La mentalité, la vitesse et l'intensité de jeu, le niveau des gardiens, l'homogénéité des joueurs, tout est supérieur à la France. Avec un nombre de joueurs très important, il y'a beaucoup d'équipes très compétitives avec entre 25 et 30 joueurs par équipe. Le nombre d'entraînement par semaine et important avec environ 8 à 10h de glace par jour auquel s'ajoute 4 à 6 heures d'entraînement hors glace. Enfin entre les matchs de championnats, de préparation et de play-offs, on arrive à des saisons à 60-70 matchs. » souligne Bastien, né en 1997 tout comme l'un des meilleurs compteurs du championnat cadet élite A français, le rouennais Julien Msumbu qui a titre de comparaison aura joué dans sa saison l'année dernière : 33 matchs : 22 en Cadet, 11 en Espoir. Toujours à titre de comparaison, un rouennais U18 dans une semaine classique touche la glace entre 6 et 8h pour 4 à 5h de hors glace . Tout un monde de différence... Un grand canyon d'écart.

 

 

Reste une question sous-jacente à ces diverses expériences. Si semble-t-il le hockey à l'étranger semble un gage de développement sportif et surtout humain, encore faut-il avoir déjà les qualités pour vivre cette aventure, faut-il partir tôt ou plus tard ? Autrement, faut-il faire comme Pierre-Edouard Bellemare en attendant patiemment de s'imposer en France avant de partir en Suède ou bien au contraire prendre le chemin d'Antoine Roussel et quitter le hexagone dès la première année cadet pour se forger aux Etats-Unis ? Pas de réponse toute faite dans la bouche de Bastien Maia qui répond à la normande en soulignant « qu'il n'y a pas de meilleure option, Antoine Roussel et Pierre-Edouard Bellemare ayant tous deux atteints le rêve de tout hockeyeur, celui d'évoluer en NHL » avant de trancher plus dans le vif : « néanmoins le fait de partir très tôt permet d'être prêt à jouer professionnel plus rapidement. »

 

Quoiqu'il en soit, parti tôt, parti tard, en Suisse, aux Etats-Unis, en Finlande ou autre, une chose est sure, face à cette belle aventure humaine et sportive qui impose le respect vu de l'hexagone, on ne peut que souhaiter à l'ensemble des expatriés français la plus belle des réussites possibles et pourquoi pas atteindre le nirvana de la NHL à l'instar des Bellemare, Roussel et autre Da Costa.

 

Merci à Jordann, Hugo, Victor, Gabin et Bastien d'avoir partagé aussi longuement et avec autant de passion leurs différentes expériences à l'étranger.

 

Un dernier mot, celui de la fin pour Bastien Maia en finnois s'il vous plait ! : « Kiitos kaikille ketkä lukevatt tätä. »

 



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