"Nil Satis Nisi Optimum"
Champions : U15: 1999, 2000, 2001, 2005, 2006, 2007, 2008, 2013, 2018 // U17: 2000, 2002, 2005, 2010, 2011, 2014, 2017 // U20: 2004, 2006, 2009, 2011, 2013, 2015, 2017, 2019 ...

En cette fin de semaine, Rouennais et Caennais s'affronteront pour une place en finale du championnat de France U17. Au delà de l'enjeu sportif, c'est bien évidemment symboliquement l'affrontement entre deux cités rivales de Normandie, émaillé de nombreuses chamailleries plus moins fondées. Rouen, Capitale de la Normandie ? Sur les bords de Seine, on le pense sans nul doute, sur les rives de l'Orne, certainement un peu moins. Et si derrière cette querelle bien normande se tapissait dans l'ombre le fantôme d'un illustre écrivain, feu Victor Hugo.


L'affirmation peut sembler saugrenue mais néanmoins non sans une certaine logique. Dans son poème « A mes amis L.B et S.B « , ce cher Victor, tombé sous le charme de Rouen, se servait d'une antonomase en 1831 pour décrire la cité des bords de Seine, « la ville aux cent clochers » Certes, l'hyperbole est particulièrement exagérée, Rouen ne comptant finalement « que » 34 ou 38 selon les sources, même s'il faut bien le concéder, avant la Révolution Française de 1789, 104 clochers étaient recensés. Quoiqu'il en soit, alors qu'un autre auteur, américain cette fois, Mark Twain, cinquante plus tard s'exclamera selon la légende « C'est la ville aux cent clochers » alors en visite à Montréal, point nécessaire de parcourir les 5500 kilomètres séparant Montreal de Rouen pour trouver pareille périphrase puisque la cité caennaise partage le même surnom que son alter ego rouennaise alors que là encore la liste semble très incertaine, autour d'une vingtaine. Faut-il donc résumer la rivalité entre Caen et Rouen a une simple « querelle de clocher », rarement l'expression n'aura autant bien porté son nom mais l'histoire semble bien plus ancienne, bien plus conquérante comme le soulignerait Guillaume dit « le bâtard » porte étendard de la cité caennaise.


Année 1047. Avec l'aide du roi de France Henri Ier, Guillaume le bâtard part en campagne contre les rebelles normands. Humiliée lors de la bataille du Val-ès-Dunes;) la rébellion, défaite, offre la possibilité au mythique Guillaume de renforcer densément son pouvoir ducal en imposant la paix lors d'un concile tenu... à Caen à laquelle il offrira, pour s'éviter une sanction papale, deux abbayes, l'abbaye aux hommes dédiée à Saint-Etienne et l'abbaye aux femmes vouée à la Sainte Trinité. Deux points pour Caen. Duc de Normandie depuis une trentaine d'années déjà, non sans un certain soulagement, on l'imagine, Guillaume perdra son surnom de « bâtard » au profit d'un bien plus glorieux et seyant « conquérant » . Guillaume Le Conquérant puis Guillaume 1er, Roi d'Angleterre en référence à la conquête du royaume d'Angleterre grâce, en partie » à sa victoire à la bataille d'Hastings dans le Sussex anglais en 1066. La fameuse amitié entre le peuple anglais et français. On y reviendra plus tard, bien plus tard, la « Perfide Albion » venant à la rescousse de la cité rouennaise dans sa quête de suprématie normande.


En attendant, c'est une histoire d'échiquier qui donnera à la cité caennaise le statut de « Reine de la Normandie » Si Guillaume le Conquérant, lorsqu'il n'était pas parti par monts & par vaux à la conquête de territoire, alternait ses lieux de résidence, tantôt à Rouen, tantôt à Caen voire à Falaise à une quarantaine de kilomètres au sud de Caen son lieu de naissance, la première institution politique de Normandie, « l'échiquier » créé par Rollon, premier Duc de Normandie et seigneur viking, d'abord itinérante finira par trouver refuge au château de Caen dans la salle dite de « l'échiquier ». Capitale politique à Caen, capitale économique et religieuse à Rouen pour la province la plus puissante d'Europe, score de parité entre les deux rivales même si Rouen vivra comme un camouflet certain l'installation de l'échiquier dans la future Basse-Normandie. En attendant, alors que la cité des bords de Seine accueillera pour ses derniers jours Guillaume le Conquérant blessé lors d'une énième guerre en 1087, cette fois dans le Vexin après avoir brûlé, « joliment » la ville de Mantes, la « vraie » ville aux cent clochers se consolera quelques siècles plus tard en récupérant l'échiquier en 1499 qui deviendra en 1515, le parlement de Normandie, actuel Palais de Justice. Auparavant, comme souligné précédemment, c'est le royaume d'Angleterre qui remettra Rouen dans la course à la suprématie normande. Certes, pas la meilleure partie de notre histoire, Jeanne d'Arc, la Pucelle, ne nous démentira pas, on y reviendra bien sur mais quoiqu'il en soit le conflit armé entre les Plantagenet, maîtres du Royaume d'Angleterre et les Valois branche cadette des Capétiens régnant sur la France lors de la fameuse guerre de Cent Ans entre 1337 et 1453 redonnera de la superbe à Rouen. Une large partie du nord-ouest du Royaume de France occupé par les anglais, Ile-de-France incluse, le Duc de Bedford régent du royaume d'Angleterre, le futur Henri VI étant trop jeune pour régner, choisira Rouen et Paris comme siège de la capitale de la « France Anglaise » L'occupant anglais chassé de Paris lors du siège de la future capitale de la France entre 1435 et 1436 mené par les troupes du roi français Charles VII, Rouen deviendra l'unique capitale de la France anglaise, Caen dans l'ombre ne pouvant que prêter allégeance à la cité rouennaise. Symbole de la puissance de Rouen, c'est en 1431 que sera jugée au château de Rouen (actuelle « Tour du Donjon » située en haut de l'emblématique rue Jeanne d'Arc, dénommée ainsi en 1870 suite à la chute du Second Empire en remplacement de son ancienne dénomination « rue de l'impératrice »), l'infortunée Jeanne la Pucelle, condamnée pour hérésie au bûcher et brûlée vive sur l'actuelle place du vieux marché. La sordide histoire, pour la digression, narre que le cardinal de Winchester, pour éviter tout culte posthume, ordonna trois crémations successives dont la deuxième qui dura plusieurs heures « projetant » sur le public encore présent et avide de monstruosité quelques morceaux de la boite crânienne de la pucelle. On appréciera le sens de la méticulosité anglaise qui n'empêchera pas, après la dispersion des cendres au niveau de l'actuel pont Mathilde sur l'Ile Lacroix donc, la naissance d'une légende survivantiste, avec Elvis Presley et Mickaël Jackson, on a finalement rien inventé.


La Normandie reprise par le Roi de France, le duché de Normandie définitivement démantelé, à partir du 16ème siècle, Caen et Rouen joueront à égalité, aucune capitale politique n'étant désignée même si Rouen conservera l’archevêché et la parlement de Normandie, la principale institution judiciaire. L'histoire se complique encore pour Rouen dans les années suivantes avec la séparation en circonscriptions fiscales éloignant un peu plus les deux villes. Alors que Louis XIV placera les « ancêtres » des préfets, ses intendants à Caen et à Rouen, la Révolution Française finira par placer sous l'éteignoir l'ex-puissance rouennaise, la province de Normandie et son parlement supprimés, Rouen, Caen, Evreux, Alençon et Saint-Lô se partageant à part égale le gâteau politique avec le titre de chef-lieu de département. Bipolaire à partir de 1956 avec la création de la Haute et de la Basse Normandie ce n'est qu'en 2016 que la Normandie sera réunifiée avec toujours cette question récurrente, quelle capitale en Normandie. Stratège l'Etat laissera la question en suspens, la préfecture de Région restant à Rouen alors que le Conseil Régional se trouvait implanté à Caen. Une façon de s'acheter la paix entre les deux cités rivales même si une chose est sure, la Normandie est belle et bien « jaune et noir », et ça Victor Hugo l'avait pas vu venir.




Vous avez aimé cet article ? Alors partagez-le avec vos amis en cliquant sur les boutons ci-dessous :